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Jeanne au cœur de "la cité"

Victimes des guerres de VENDÉE


Le Mont des Alouettes ? l’Historial de la Vendée ? une autre sépulture ? La destination des restes de 154 victimes de la Bataille du Mans de 1793 suscite controverse, propositions et risques de négationnisme.

 

Le devenir des restes de 154 personnes, découverts en 2009 place des Jacobins au Mans, suscite depuis deux mois de nombreuses réactions. Plus exactement, c'est la fin de l'étude scientifique sur ce sujet, en début d'année, qui a réveillé un débat récurrent (Ouest-France du 9 janvier).
Un rapport détaillé d'un millier de pages vient en effet d'être remis à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) par Elodie Cabot, anthropologue à l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques). Arrivera donc bientôt le temps de la décision, sur la destination des ossements de ces victimes de la Virée de Galerne, épisode sanglant des Guerres de Vendée fin 1793. Un sujet toujours sensible en controversé aujourd'hui. Et, comme on pouvait s'y attendre, dès à présent affluent des suggestions aussi diverses et contradictoires que le sont les approches de cette question, épineuse pour certains.

l'église de l'abbatiale de Saint-Florent-Ie-Vieil - la chapelle du Mont des Alouettes aux Herbiers
l'Historial de la Vendée aux Lucs-sur-Boulogne - le Carré du musée Plantagenêt au Mans

l'Historial de Vendée

Dès 2009, Philippe de Villiers, alors président du Conseil général de Vendée, avait proposé un transfert des ossements à l'Historial de Vendée, aux Lucs-sur-Boulogne, en accord avec Jean-Claude Boulard, le maire socialiste du Mans. Ce lieu de mémoire emporte aussi l'adhésion de l'association "le Mans - Virée de Galerne", qui a dû renoncer faute de moyens à sa première idée : une chapelle privée mancelle. Pour sa présidente, Cécile Bayle de Jessé, l'Historial offrirait "un accueil digne".

le Mont des Alouettes

La chapelle implantée sur cette colline, haut lieu de la moire vendéenne surplombant les Herbiers, pourrait recevoir une "crypte de recueillement" pour ces "morts sans sépulture". C'est l'idée des associations Mémoire vendéenne, Vendée militaire, ralliées depuis deux mois par de nombreux soutiens : Véronique Besse. députée-maire des Herbiers, Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet, Dominique Souchet, ancien député de la Vendée, ancien conseiller régional des Pays de la Loire, les Vendéens de Paris... Jusqu'à l'Association des descendants de Chouans et Vendéens (ADCV. basée à Versailles). L'autorisation du propriétaire, l'évêché de Lucon, serait toutefois indispensable. Sans attendre, Mémoire vendéenne a reçu de Christophe Rabiller, un architecte qui a beaucoup travaillé pour le Puy du Fou, des propositions d'aménagement de la chapelle.

Saint-Florent-le-Vieil

L'ancien ministre et député du Maine-et-Loire Hervé de Charrette a tout récemment relancé une proposition avancée alors qu'il était encore maire de Saint-Florent-Le-Vieil : un transfert des restes dans la crypte de l'église abbatiale (Ouest-France du 8 mars).

D'autres lieux mémoriels

La Drac évoquait fin 2015 "la possibilité que ces collections [les ossements] aillent au musée du Carré Plantagenêt" du Mans. Et une jeune association des Fils et filles de victimes du génocide vendéen (FDVGV), basée à Saint-Martin-Lars (Vendée), préconise "un ossuaire souterrain" centré sur l'église de la localité.

Pas de sépulture du tout ?

C'est l'avis de la très robespierriste Société des amis de la Révolution française, qui craint "la création artificielle" d'un lieu de mémoire "pour accréditer le soit disant génocide franco-français et de prétendus massacres". Selon elle, les ossements "appartiennent au même titre que les ossements gallo-romains ou médiévaux à l'histoire archéologique du Mans". Ces souvenirs d’un "détail de l’histoire" parmi d’autres sont donc à conserver par l'État pour ne pas "devenir, deux siècles plus tard à leur insu, les instruments d'une entreprise politique et sectaire, de plus adversaire du terrorisme".

(d'après Jean Delavaud, Ouest-France, 29 mars 2016


Une mission scientifique délicate pour "travailler à la réconciliation"
et en finir avec le négationnisme

On mesure, à la diversité des options citées plus haut, toute la difficulté de la mission scientifique confiée à deux experts : Elodie Cabot de l'Inrap et l'historien Alain Gérard. Tous deux ont accepté la proposition des représentants de trois collectivités : Jean-Claude Boulard, maire PS du Mans, Yves Auvinet, président divers droite du conseil départemental de Vendée et Bruno Retailleau, président LR de la Région.
Tous trois favorables à ce que ces restes "puissent rejoindre un lieu à dimension mémorielle et que les pièces historiques recueillies fassent l'objet d'une valorisation culturelle". Ce que ne prévoient pas nécessairement les textes de loi, et c'est bien l'enjeu de ce débat. Car la spécificité de cette découverte archéologique, c'est qu'elle touche à un traumatisme qui n'est pas encore soldé dans une partie de la mémoire collective vendéenne. La mission consistera donc à prendre un peu de hauteur par rapport aux passions. "Travailler dans le sens de la réconciliation", résume Bruno Retailleau, tout en évitant "deux écueils : l'oubli et l'idéologie".
Les deux experts vont donc rencontrer associations, élus, directeurs de musées... Puis rendre un rapport tenant compte de quelques principes incontournables parfois oubliés : les restes contiennent peut-être des victimes des deux camps ; ils devront rester accessibles aux scientifiques pour des recherches ultérieures ; et ils représentent un volume très important. Suite à quoi il faudra répondre à des questions comme : la destination choisie doit-elle être publique ou privée ? Profane ou religieuse ? Le lieu mémoriel, si cette option est retenue, peut-il être distinct du lieu de dépôt des ossements ? Le dernier mot appartiendra quoi qu'il en soit à l'État.


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