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Jeanne au cœur de "la cité"

Pourquoi tant de magasins vides en centre-ville ?


Concurrencés par les périphéries, le cœur des villes, particulièrement petites et moyennes, souffre. Élus et commerçants luttent pour endiguer le phénomène.

 

Les boutiques vides en ville ?

Elles sont de plus en plus nombreuses. 8.5 % des magasins sont vacants en France, dans les rues les plus attractives des centres-villes. C'est le constat de la dernière étude de la fédération Procos, qui porte sur 2014. Deux ans plus tôt, le pourcentage s'élevait à 7,2 %.
"Un taux normal serait entre 5 et 6 %", observe Pascal Madry, le directeur de cette association, qui regroupe 260 enseignes nationales.
Les villes de moins de 100 000 habitants sont les plus touchées, avec un pourcentage moyen de commerces vides culminant à 10 %. Juste un exemple : la ville de Lorient n'a plus de maison de la presse depuis le début du mois. Et pour cacher la misère, certaines communes ont pris l'habitude d'afficher des magasins en trompe-l'œil sur les façades abandonnées.
Les métropoles de plus de 250 000 habitants sont mieux loties. "Les plus grandes villes concentrent la richesse et attirent les investisseurs, parfois au détriment des plus petites". poursuit Pascal Madry.

La situation dans l'Ouest ?

Le paysage épouse globalement la réalité nationale. Beaucoup de villes affectées sont de taille moyenne : la Roche-sur-Yon, Cholet... Les métropoles, comme Nantes ou Rennes, sont moins atteintes. Idem pour les cités touristiques comme les Sables-d'Olonne ou la Baule.

Pourquoi la vacance augmente ?

En raison de la concurrence de la périphérie. "Les clients veulent faire leurs courses rapidement, se garer facilement", constate Pierre Malary, cogérant d'Atlantique Expansion, spécialiste des transactions commerciales dans l'Ouest.
Le coût de l'immobilier pousse la population vers l'extérieur. Et le commerce suit. "Deux tiers des dépenses de consommation se passent en périphérie". confirme Pascal Madry, de la fédération Procos

Et le centre-ville ?

Il ne pèse que 20 %, "Voire 10 % quand la concurrence de l'extérieur est la plus vive". La désindustrialisation et le chômage, dans les années 1990-2000, ont accéléré le mouvement : "Pour créer des emplois tertiaires, les élus ont autorisé des grandes surfaces supplémentaires en périphérie, note Pascal Madry. Mais certaines villes ont vu leur population baisser. Le commerce s'est trouvé surdimensionné".

Quelles réponses ?

À Alençon, un office du commerce a été créé avec la mairie, les associations... "Nous avons lancé une quinzaine commerciale, s'exclame Pierre Poussin, le président des commerçants du centre-ville. Un manager de ville a été recruté. Notre taux de vacance a diminué d'un point. Et une locomotive commerciale vient d'arriver : H & M". Saint-Nazaire a instauré une taxe afin d'inciter les propriétaires à baisser leur loyer. Guingamp étudie un concept de boutique à l'essai...

Qu'en est-il des loyers ?

Ils ont flambé avant la crise. "Dans le prêt-à-porter, le loyer ne doit pas excéder 7 % du chiffre d'affaires, calcule Pierre Malary. Aujourd'hui, il atteint parfois 10 %. De quoi mettre en péril l'activité". Et les chiffres d'affaires eux-mêmes reculent.
"Des grands groupes renégocient leurs loyers à la baisse", poursuit le gérant d'Atlantique Expansion. Le droit au bail (cédé par le commerçant locataire sortant au repreneur) perd lui aussi de sa valeur. "Dans le centre de Rennes, un droit au bail, pour un emplacement secondaire, acheté 210 000 € il y a trois ans, a été revendu récemment 70 000 €".

(d'après Jacques Sayagh, Ouest-France, 2 avril 2016


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