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Jeanne au cœur de "la cité"

l’Irlande célèbre les Pâques de son indépendance


En 1916, l'insurrection contre la domination britannique a débouché sur l'indépendance de l'île et, malheureusement, sa partition. Un événement qui détermine encore les forces politiques irlandaises actuelles

 

Entretien avec Yann Bevant, directeur du département d'anglais de l'université de Rennes, spécialiste de l'Irlande :

Quelle est la situation politique de l'Irlande, à l'aube de 1916 ?

L'autonomie de l'Irlande est inévitable - seule la Première Guerre mondiale la retarde - et sépare déjà les partisans en deux camps : les nationalistes de l'Irish Parliamentary Party (IPP) qui prônent l'autonomie vis-à-vis du Royaume-Uni et le Sinn Féin ("nous-mêmes") d'Arthur Griffith qui veut l'indépendance complète
L'insurrection de Pâques et la proclamation surprise de l'Indépendance et de la République, de Patrick Pearse, devant la Grande Poste de Dublin, aurait pu favoriser l'IPP, majoritaire. Mais la répression brutale du pouvoir britannique et la conscription obligatoire de 1918 font basculer l'opinion.
La division entre républicains-autonomistes et républicains-indépendantistes va éclater au grand jour en 1921, lorsque Michael Collins accepte le traité qui prévoit la partition de l'île. De Valera, survivant de Pâques 1916, ne l'accepte pas. II deviendra le chef de file des anti-traités.

Comment ont évolué ces forces ?

Le Fine Gael ("le clan des Gaels", créé en 1933) est un héritier du Curnann na nGaedheaf ("la société des Gaels"), les pro-traités, C'est un parti de centre droit, démocrate-chrétien aujourd'hui, assez urbain et ouvert sur les droits sociétaux comme l'avortement. Il a longtemps représenté la bourgeoisie, les derniers protestants du sud, une droite plus dure. Le Fianna Fail ("l’armée du destin"), plus populiste et plus rural, émane d'une scission du Sinn Féin, opérée par De Valera. En 1926, il rompt avec l'abstentionnisme et forme un nouveau parti, avec le soutien de l'Église catholique, qui a longtemps dirigé l’Irlande et préservé son identité.

Ces deux partis historiques ont encore dominé les législatives de février, mais sans majorité pour gouverner. Vont-ils s'associer ?

Il est très peu probable que les frères ennemis du républicanisme irlandais s'entendent pour former une coalition. Ce serait le baiser de la mort. L'un se ferait manger par l'autre... Je crois plutôt que chaque formation fait la chasse aux alliances avec les petits partis et les indépendants qui ont émergé lors de ces législatives. Mais, en Irlande, tout est possible. Apres tout, nous avions bien vu deux durs, le protestant Ian Paisley et le catholique Gerry Adams, travailler ensemble en Irlande du Nord.

Justement Gerry Adams, du Sinn Féin, les encourage à s'associer. C'est ironique ?

Non, c'est bien joué de sa part. C’est un peu son espoir. Gerry Adams dit : le Fianna Fail, le Fine Gael c'est la même chose. La vraie opposition, c'est le Sinn Féin.

(d'après Christelle Guibert, Ouest-France, 28 mars 2016


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