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Jeanne d'Arc persiste et signe


Pour reprendre l'exergue de la série télévisée du cinéaste québécois Christian Duguay : "Elle est morte à 19 ans. 600 ans plus tard sa légende vit encore". Et ceci dans des domaines parfois inattendus : la politique, le cinéma, les affaires, des fêtes, les Simpson, des mangas, et dans bien des mythes, mystères et autres énigmes (version pdf, 6 p.)...

Jeanne fait de la politique

De la fin du XVe au début du XIXe siècle, le rôle politique de Jeanne d'Arc est occulté : seuls les rois ont fait la France ! Après la Révolution, Jeanne d'Arc devient un enjeu facile pour les propagandes les plus contradictoires. À mesure que sa popularité renaît, elle revêt des aspects divers que lui donnent toutes les tendances politiques, étant tour à tour : "fille du peuple" révolutionnaire, restauratrice de la monarchie et de l'ordre divin, patriote trahie par les élites et l'Eglise...

Les défaites de 1815 et 1870 ne font qu'amplifier sa légende. Ses origines géographiques sont abondamment exploitées au moment où l'Alsace-Lorraine est annexée par l'Allemagne. Les combats de la Première Guerre mondiale créent une vénération autour de sa personne. Et en 1940-1944, aussi bien Vichy, Londres que Berlin l'utilisent comme support de propagande, la croix de Lorraine de la France Libre en étant la référence la plus symbolique.

Après qu'elle ait été un temps récupérée par des partis extrémistes, les présidentielles de 2007 ont vu chacun des quatre principaux candidats (et certains autres) la présenter comme une figure majeure de son panthéon personnel. Politiquement, Jeanne d'Arc semble avoir l'éternité pour elle !


Jeanne, Dieu et Raymond (2' 25")

Jeanne fait son cinéma

On dénombre au moins une cinquantaine de films sur Jeanne d'Arc. "Johanka 1412", auteur de l'ancien site du fan-club tchèque sur notre héroïne, retenait en 2012 la filmographie suivante :

On trouve facilement sur Internet des Informations sur la plupart de ces films, sur leurs réalisateurs et sur leurs premiers rôles. Ci-après, un "pathéorama" et des extraits de quatre des films les plus récents.

Un "pathéorama" est un de ces films à vues fixes qui étaient visionnés au début du XXe siècle, grâce à un projecteur adapté, et qui doivent leur nom à la firme qui les créait et les commercialisait. Celui-ci raconte l'histoire de Jeanne d'Arc en 36 vues colorisées, sonorisées après coup.
Visionner cet ancêtre du multimédia (2' 47").

En 1994, Jacques Rivette réalise "Jeanne la Pucelle" film en 2 époques : "les Batailles" (de la rencontre de Jeanne avec le dauphin Charles à Chinon jusqu'à la délivrance d'Orléans), "les Prisons" (du sacre de Charles VII à Reims jusqu'au procès de Jeanne et à son exécution à Rouen), avec dans le rôle-titre la talentueuse Sandrine Bonnaire.
Visionner une présentation de la première époque, "les Batailles" (5' 00").

En 1999, sort le film de Luc Besson "the Messenger : the story of Joan of Arc" sous son titre anglais, "Jeanne d'Arc" sous son titre français. Prenant beaucoup de libertés avec l'histoire, le réalisateur y met en vedette Milla Jovovich, sa compagne, à qui il a donné le rôle principal.
Visionner une présentation du film (4' 01").

La même année le cinéaste québécois Christian Duguay réalise "Jeanne d'Arc", une série pour la télévision. Elle remportera 12 nominations aux Emmy Awards et 4 aux Golden Globes. En 3 heures, elle donne de l'histoire officielle de Jeanne une image assez crédible et "qui tient la route".
Visionner une présentation proposée par "Johanka 1412" (6' 42", en tchèque)
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En 2005, une réalisatrice américaine, Pamela M. Wagner, a réalisé un téléfilm "Joan of Arc: Child of War - Soldier of God".
Visionner une présentation proposée par "Johanka 1412" (3' 44").

 

Jeanne fait des affaires

Fin 2006, Jeanne d'Arc a pris pied sur le juteux marché du jeu vidéo. Sony Computer Entertainment édita un "RPG" (Jeu de Rôle) tactique, développé par Level-5, et portant son nom : "Ne vivez pas l'Histoire, faites-la ! An de grâce 1429 : la Guerre de Cent ans fait rage et les Anglais prennent petit à petit le contrôle de la France. Mais voilà qu'une jeune pucelle s'oppose à cette domination et renverse le cours des événements. Cette femme, c'est Jeanne d'Arc... Venez découvrir ce pan entier de l'Histoire de France à travers un jeu unique, habile mélange de stratégie et d'action. Menez vos armées à la victoire au fil des sièges et combats épiques entièrement en 3D pour finalement bouter les Anglais hors de France. Saurez-vous réécrire l'Histoire et éviter à Jeanne sa tragique destinée ? Pourrez-vous, comme elle, devenir une légende ? A vos souris..." (environ 15 €)

 

"Comme son nom l'indique, "Jeanne d'Arc" propose de revivre l'aventure de la plus pucelle des héroïnes, même si son histoire a été revisitée [et pas mal "mangalisé"] pour l'occasion par les auteurs japonais, à moins que des monstres ne soient réellement apparus en France et que les profs nous aient menti. [La trame du jeu se déroule sur la carte de France, ses étapes sont ponctuées de scènes d'action dont le résultat est déterminant pour la suite.] Son village incendié, comme l'exige la règle n°3 de tout bon jeu de rôles qui se respecte, Jeanne partira en croisade contre les monstres et les forces maléfiques, même si tout le monde sait que ce sont les Anglais les vrais coupables." (d'après Puyo, Gamekult.com - 23 septembre 2006)
Visionner la bande-annonce du jeu (2' 56", en japonais).

Jeanne fait la fête

Depuis 1430, on célèbre chaque année à Orléans la délivrance de la ville par Jeanne d'Arc. La coutume s'est établie de choisir parmi les jeunes Orléanaises une "Jeanne d'Arc" qui prend la tête d'un cortège où participent de nombreux habitants pour lesquels la municipalité met à disposition des costumes d'époque...
"Johanka 1412", animatrice du fan club tchèque de Jeanne et présente lors des festivités de 2002, proposait une vidéo de ce 573e anniversaire (3' 39", en anglais).

Jeanne et les Simpson

Les Simpson, est une série d'animation américaine, créée en 1989 et diffusée en France depuis fin 1990. Elle est une caricature d'une famille américaine moyenne, les Simpson, vivant à Springfield, ville américaine tout aussi moyenne.
Le 14e épisode de la 13e saison (2002), y prend à partie les aventures de Jeanne-d'Arc. Si cette dernière, grâce à son courage et à sa bonne foi, s'en tire tant bien que mal, ce n'est pas le cas du reste des Français. De la suffisance à la stupidité et du chauvinisme à l'obscurantisme, ils n'y échappent à aucun des défauts que certains de ce côté-ci de l'Atlantique attribuent habituellement à l'Américain moyen...
Voir cet épisode particulièrement réjouissant (6' 29", en allemand, et scénario en français 4 p.).

Jeanne et les Mangas

A partir de 1995, le célèbre mangaka Yoshikazu Yasuhiko fait paraître chez Tonkam, "Jeanne", manga en quatre tomes et tout en couleur.

L'histoire se déroule en 1440, presque dix ans après la mort de Jeanne d'Arc surnommée "La Pucelle". La révolte de certains grands seigneurs du royaume de France s'abat sur le roi Charles VII, c'est ce qu'on appelle la "Praguerie". Comble de tout, son propre fils, le futur Louis XI, participe à ce mouvement de rébellion. Ainsi, pour faire face à cela, le roi demande l'aide, entre autres, du seigneur Robert de Baudricourt. Mais c'est finalement sa fille, Émilie/Émile, qui décide d'aller secourir le roi à sa place. Élevée et habillée comme un garçon, la jeune femme est très habile aux combats, et en plus, mystérieusement, elle a depuis un certain temps, des messages de Jeanne d'Arc... Son voyage sur les traces de la Pucelle commence par un arrêt au village de Domrémy...

"Kamikaze Kaitou Jeanne" est une des œuvres les plus célèbres de la mangaka Arina Tanemura. Ce manga en sept tomes a été publié en japonais, en anglais et en allemand. Il en a été tiré une animation en 44 épisodes.
L'héroïne, Maron Kusakabe devient la nuit "Kaitou Jeanne", réincarnation de Jeanne d'Arc. Elle a reçu de Kami (Dieu) pour mission d'emprisonner l'âme de démons qui se dissimulent souvent dans des objets d'arts. Quand un démon est vaincu, l'œuvre disparaît et est remplacée (dans le manga) par un dessin d'ange ou par une pièce de jeu d'échec (dans le dessin animé)... D'ou son surnom de "Kamikaze Kaitou".
Visionner "The end of Jeanne's story" (4' 46") présentée dans une des animations de Kamikaze Kaitou Jeanne (avec en fond sonore une excellente interprétation de la Toccata et fugue en Ré mineur, de Jean-Sébastien Bach !).

Jeanne, mythes, mystères et autres énigmes

Jeanne d'Arc avait incarné les espoirs de la population française, lasse de la guerre et désireuse de voir le dauphin de France l'emporter. Elle n'a pas créé le sentiment national mais elle l'a exprimé avec force et en conformité avec la mentalité de son siècle. Elle est apparue à un moment où, dans une situation sans issue, les prophéties ouvraient un espoir irrationnel : elle a semblé les accomplir. C'est ainsi que le comprend Christine de Pisan, dès 1429, dans sa dernière oeuvre, le "Ditié de Jehanne d'Arc" et, plus tard, Villon quand il évoque "Jeanne, la bonne Lorraine" dans sa "Ballade des Dames du temps jadis" (1461).
Au début du XIXe siècle, Jeanne d'Arc est redécouverte après plus de trois siècles d'oubli ; chacun ayant alors tendance à se créer sa vision propre de l'héroïne nationale !...
Sur ces thèmes du mythe et du symbole, on pourra consulter dans l'encyclopédie Wikipedia l'article "Jeanne d'Arc : naissance d'un mythe".

Jeanne d'Arc est-elle bien née ?
Peut-on devenir un personnage célèbre si on ne fait partie que de la "France d'en bas" ? Répondant par la négative à cette question, certains historiens (à partir d'un certain Caze, en 1805) ont imaginé quatre siècles après sa mort, une origine "royale" pour Jeanne d'Arc.
Jeanne, fille bâtarde de la reine de France Isabeau de Bavière et du duc Louis d'Orléans (1372-1407), serait née en 1407 et aurait été confiée à des paysans de Domrémy... Selon cette (hypo)thèse cela expliquerait qu'elle ait pu être reçue à la cour à Chinon (elle confie au dauphin qu'elle est sa demi-soeur), qu'elle ait reçu le surnom de "Pucelle d'Orléans", qu'elle ait été aux premiers rangs lors du sacre (place qui aurait dû être celle du fils de Louis d'Orléans, Charles, prisonnier à Londres depuis 1415), le choix des armoiries données à sa famille lors de son anoblissement, etc. Tous ces faits et bien d'autres ayant été (selon cette thèse) admis alors par tous, tout simplement parce que ce "secret de sa naissance" était alors connu de tous...
Cette thèse, si tardive, présente l'inconvénient majeur de ne pouvoir s'appuyer sur aucune preuve, alors que lors du procès en réhabilitation, très nombreux furent les témoins de la "naissance paysanne" de Jeanne. De plus, comment se fait-il qu'un "secret" si largement diffusé alors, ait pu ensuite être entièrement caché jusqu'à aujourd'hui ? Par ailleurs, comment expliquer que toutes les interprétations des faits proposées par cette thèse s'expliquent beaucoup mieux avec une Jeanne aux origines simples et populaires ?... Sans parler de multiples autres incohérences !...
Bref, la thèse d'une "naissance royale" de Jeanne d'Arc, comme bien d'autres délires récurrents de "mythographes", fait partie d'une Histoire plus proche de l'ésotérisme que de la science.

Jeanne d'Arc est-elle bien morte ?
Quand le matin du 30 mai 1431 les Anglais font exécuter Jeanne d'Arc à Rouen, ils font tout pour qu'il n'existe aucun doute sur l'identité et le sort de la suppliciée : bûcher établi sur une plate-forme de plâtre afin qu'elle soit vue de tous, bourreau à qui l'on demande d'écarter les flammes après qu'elle fut morte afin qu'il n'y ait pas d'équivoque sur celle que le feu est en train de réduire en cendres... Le tout confirmé par les multiples témoignages oculaires ! Et pourtant, dès cette année 1431 et pendant une trentaine d'années, apparurent un grand nombre de "fausses Jeanne d'Arc". La plus célèbre fut "Jeanne" des Armoises.
C'est le 20 mai 1436 que se fait connaître dans la région de Metz une femme se prétendant être Jeanne d'Arc qui, échappée miraculeusement du bûcher, se serait enfuie, cachée, puis mariée avec Robert des Armoises, d'Arlon.

Inexplicablement, elle est reconnue par les frères de Jeanne d'Arc. Suite à cette nouvelle du "retour" de La Pucelle, la ville d'Orléans interrompt durant trois ans les services funèbres à la mémoire de Jeanne d'Arc... Mais quand en 1440 lors d'une audience, Charles VII lui demande quel était le secret qu'il partageait avec elle, elle se rétracte, dit ne pas connaître le roi, et demande grâce. Soumise à une enquête de l'Université et du Parlement de Paris, elle est démasquée, admet publiquement son imposture et avoue que son vrai nom est Claude des Armoises. Elle finit ses jours à Metz vers 1450.

Reste-t-il quelque chose de Jeanne d'Arc ?
Vive émotion, début 2006, quand des médias en mal de sujets redécouvrent des restes de Jeanne d'Arc ! Un bocal de verre, "découvert" à Paris en 1867 dans le grenier d'une pharmacie de la rue du Temple, déposé puis oublié au musée de Chinon, contiendrait des "restes présumés trouvés sous le bûcher de Jeanne d'Arc, pucelle d'Orléans" (selon le parchemin l'accompagnant). A savoir : une côte humaine de 14 cm, un morceau de tissu d'une quinzaine de centimètres de longueur, un fémur de chat et des fragments de bois.
Étonnante découverte vu les soins pris en 1431 par les autorités du parti anglais à Rouen pour faire disparaître toute trace, non seulement de Jeanne d'Arc, mais des cendres mêmes du bûcher. Le but étant de ne rien laisser qui puisse être l'objet d'une vénération quelconque, ce qui serait allé à l'encontre des objectifs politiques du procès.
L'analyse de ces éléments, lancée dès février 2006, conclut six mois plus tard qu'il s'agit de restes de momies humaine et animale, d'origine égyptienne, datés au carbone 14 entre le VIe et le IIIe siècle avant notre ère, et qui auraient pu faire partie d'une collection d'amateur, avant d'être employés à la confection de ces "reliques".

Jeanne d'Arc est-elle venue à Montaigu ?
Presque ! En effet, si l'authentique Jeanne d'Arc n'a pas eu le temps de mettre les pieds en nos contrées, par contre, en 1438-1439, "Jeanne" des Armoises, évoquée ci-dessus, est venue prêter main forte à Gilles de Rais sur ses terres de Machecoul et de Tiffauges... C'est peut être là l'origine d'une tradition obscure et incertaine, qui prétend qu'une des vieilles maisons du bourg de la Bruffière aurait eu, l'espace d'une nuit, l'honneur d'abriter "Jeanne d'Arc" en son temps...

Par contre, il reste un fait qui, lui, est sûr : Jean Harpedane (1408-1461), de Montaigu, fut en 1429 l'un des compagnons d'armes de Jeanne d'Arc lors de la délivrance d'Orléans.

Y a-t-il eu une malédiction de Jeanne d'Arc ?
Plus désagréable pour Montaigu, et surtout pour Jeanne d'Arc, le sombre rôle tenu par les perfides et inquiétants La Trémoille (prononcer "La Trémouille"), qui seront seigneurs de Montaigu de 1517 à 1633.
Georges 1er de La Trémoille (1384-1446), influent conseiller du roi, fut,
pour des raisons d'intérêts et d'inimitiés personnels, un farouche opposant à Jeanne à la cour de Charles VII. Sans parler de ses nombreuses iniquités antérieures, on lui attribue la responsabilité de l'abandon, et donc de l'échec, du siège de Paris le 8 septembre 1429, et, surtout, la responsbilité de la totale inaction de Charles VII lors de la capture, l'emprisonnement et le procès de Jeanne, ce qui aboutit à la fin dramatique que tout le monde connaît. Cette attitude scandaleuse fut dès cette époque à l'origine, peut-être, d'une "prédiction" qui voulait que le dernier des La Trémoille périrait de la même manière que son ancêtre avait laissé périr Jeanne d'Arc...

502 ans et 16 générations plus tard en effet, cette famille s'éteignit le 9 décembre 1933 avec la mort de Louis VI (1910-1933), dernier duc de La Trémoille, qui périt brûlé vif dans l'incendie du manoir de la "Heronry", près de Whitchurch (ou "Witchurch" ?) dans le Hampshire, où il séjournait inopinément...