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la Vie aventureuse de Jeanne d'Arc


Jeanne d'Arc est un des rares personnages historiques féminins de l'Histoire de la France. Elle est de ceux sur lesquels les sources sont particulièrement nombreuses. Cependant, déjà de son vivant, et à plus forte raison plus tard, l'histoire de sa vie confine à la légende. Par la suite, elle est devenue un symbole national revendiqué (voire récupéré) par la plupart des courants politiques français : des communistes jusqu'à l'extrême droite. En quelques pages, voici le récit de la vie courte et aventureuse de Notre héroïne à tous. (version pdf, 6 p.)

la France au temps de Jeanne

Quand naît à Domrémy (probablement le 6 janvier 1412) la fille du laboureur Pierre Darc et de sa femme Isabelle Romée, la France de l'époque est limitée par l'Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône (Lorraine, Provence et Franche-Comté sont hors du royaume, tout comme la Bretagne). De plus, depuis le traité de Troyes en 1420, puis la mort de Charles VI, le roi fou, son territoire est divisé en trois : le sud, à partir de la vallée de la Loire, au dauphin Charles dont la filiation est mise en doute ; le nord (dont Paris) et la Guyenne, au tout jeune roi d'Angleterre présenté comme l'héritier légitime du royaume de France ; le nord-est enfin, avec la Bourgogne et surtout les Flandres, à l'ambitieux duc de Bourgogne. Bien que les alliances et allégeances soient changeantes, que les dominations territoriales soient lâches et enchevêtrées, que les défaites et les succès alternent, le parti "franco-anglais" progresse irrésistiblement. Fin 1428, la situation politique du "roi de Bourges" (le dauphin) est si critique que l'avenir même de la future France d'aujourd'hui semble incertain. Tout se joue alors autour du contrôle du val de Loire dont la ville-clé, Orléans, est assiégée depuis le 12 octobre par les troupes du duc de Bedford, régent du jeune roi d'Angleterre et prétendant au trône de France.

Domrémy, petit village du Barrois "mouvant" (dépendant) du royaume de France, fait partie de la seigneurie de Vaucouleurs restée fidèle au dauphin, aux limites du duché de Lorraine. Quand des bandes de tel ou tel parti interviennent dans la région, ses habitants doivent se réfugier précipitamment dans les villes fortifiées voisines. C'est dans ce contexte que, gardant ses moutons, Jeanne entend de façon récurrente les voix de sainte Catherine (d'Alexandrie), de sainte Marguerite (d'Antioche) et de (l'archange) saint Michel, lui demandant devant "la grande pitié qui est au royaume de France", de "venir au secours du roi de France" et de "bouter les Anglais hors de France"...


La tâche lui paraissant impossible, elle s'est abstenue jusqu'au 13 mai 1428 de prendre une décision. Ce jour-là, elle va pour la première fois trouver le capitaine du roi à Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, pour lui exposer sa mission et lui demander une escorte pour partir aider le (futur) roi de France... Elle se fait renvoyer à ses moutons.

Cependant la détermination de Jeanne se trouve renforcée quand une incursion anglaise a lieu en juillet, puis lorsque l'inquiétude augmente à la nouvelle que les Anglais ont mis en octobre le siège devant Orléans. Par ailleurs sa personnalité peu commune ne passe pas inaperçue : le duc Charles de Lorraine, vieux et malade, la fait venir à son chevet. Elle le rabroue, lui disant de se préparer à mourir plutôt que d'espérer une guérison illusoire... Ce qu'il fait. Une telle ténacité et une telle volonté séduisent les gens du pays. Un élan populaire se développe autour d'elle. Baudricourt en est ébranlé. Quand elle revient le solliciter, il cède après l'avoir faite, pour plus de sécurité, exorciser par le curé du lieu.

Et le soir du 13 février 1429 (et non du 23), accompagnée de six compagnons d'armes, Jeanne quitte Vaucouleurs par la porte de France. Elle a 17 ans et commence une épopée extraordinaire.

la Chevauchée vers Chinon

En onze étapes de 50 à 60 km, Jeanne franchit la distance séparant Vaucouleurs de Chinon. Un voyage sans dommage, ce qui, par ces temps agités, passe pour un signe du ciel et alimente la rumeur, comme le rapporte Dunois, un de ses futurs compagnons : "J'étais à Orléans, alors assiégé par les Anglais, quand circulèrent certaines rumeurs selon lesquelles avait passé par la ville de Gien une jeune fille dite la Pucelle, assurant qu'elle se rendait auprès du noble dauphin pour lever le siège d'Orléans et pour conduire le dauphin à Reims pour qu'il fût sacré."


Chinon, et son château en 1429 selon Albert Laprade

Le mardi 23 février 1429, vers midi, Jeanne et ses compagnons descendent rue Haute-Saint-Maurice de Chinon, à l'auberge du Grand Carroi. Ce n'est que le surlendemain que le dauphin la reçoit dans la grande salle du premier étage des logis royaux. Malheureusement pour la légende abondamment véhiculée par les chroniqueurs, les récits des témoins oculaires ôtent tout fondement à la tradition qui veut qu'elle reconnût le dauphin alors que celui-ci s'était dissimulé parmi les courtisans et qu'elle ne l'avait jamais vu auparavant. C'est lors de cette entrevue qu'elle fait au futur Charles VII une "révélation" - dont on ignore la nature - qui le convainc enfin de la légitimité de sa naissance et donc de sa cause.

Mais de là à confier une armée à une femme de seulement 17 ans pour aller délivrer Orléans... L'entourage du dauphin est prudent, sinon sceptique. La situation n'autorise pas des prises de risques inconsidérées. A Chinon puis à Poitiers Jeanne est interrogée de près par des conseillers du dauphin, et par des membres de l'Université ou du Parlement qui y a été créé en 1418 (celui de Paris s'étant rallié au "parti anglais"). Autant de choses qui prouvent à la fois qu'elle est prise au sérieux, mais que l'on veut être certain qu'elle n'est ni une envoyée du diable, ni une simulatrice, ni une illuminée, encore moins une sorcière. Ces interrogatoires sont complétés par l'examen de sa vie et de ses moeurs. Des enquêteurs sont diligentés à Domrémy... Les conclusions officielles, remises les 8 et 10 avril, sont toutes en sa faveur.

De retour à Chinon puis à Tours, elle est dotée d'une maison militaire (écuyer, pages, hérauts, aumônier...) et d'un équipement (armure, épée, étendard...). Elle rejoint Blois où une armée et un convoi de ravitaillement ont été réunis, et le 22 avril elle part pour aller délivrer Orléans.

dessin exécuté par le greffier Clément de Fauquenbergue en marge d'un registre du conseil du Parlement de Paris,
seul portrait contemporain existant de Jeanne d'Arc.

la Délivrance d'Orléans

Ses conseillers militaires laissent Jeanne dans l'ignorance de la route à suivre. Aussi quand elle arrive par la rive sud de la Loire en vue d'Orléans, elle a la surprise de voir la ville de l'autre côté du fleuve. Le pont de Beaugency étant aux Anglais l'armée doit être renvoyée jusqu'à Blois pour passer sur la rive droite, contourner par le nord les défenses anglaises et arriver à Orléans cinq jours après Jeanne. Celle-ci, avec quelques compagnons, a remonté la Loire sur 10 km, l'a franchie le 28 avril en barque à Chécy, et après avoir passé la nuit dans la maison de Guy de Cailly à Reuilly, dit-on, elle entre le 29 au soir dans Orléans par la porte de Bourgogne, accueillie avec ferveur par les habitants.

La ville est assiégée depuis le 12 octobre 1428. Le comte de Salisbury et son armée, venus par le sud ont passé la Loire, et ont entouré la place de tranchées commandées par des bastilles. Ce sont des ouvrages faits de terre et de bois, protégés par des fossés, et abritant une garnison de 400 à 500 hommes et quelques bombardes. Ces fortifications commandent seulement la Loire et l'Ouest de la ville, car les troupes anglaises ne sont pas assez étoffées pour fermer la boucle et pour se trouver en mesure de résister sur tous les points aux sorties des assiégés. Par le nord-est les gens d'Orléans peuvent, sans trop de risques, communiquer avec l'extérieur.

Après un premier échec, Salisbury s'est emparé le 23 octobre du fort des Tourelles, à l'entrée sud du pont, mais il n'a pu en déboucher. Les défenseurs ont fait sauter une arche et établi hâtivement un petit ouvrage en bois en avant de la bastille Saint-Antoine, sur l'île du même nom, tandis que pour se protéger à leur tour, les assiégeants ont supprimé une autre arche devant les Tourelles. Le lendemain 24, Salisbury a trouvé la mort, laissant le commandement à Glasdale, Suffolk et Talbot.

Cinq mois se sont écoulés. Les défenseurs de la ville, commandés par Dunois, La Hire, Xaintrailles... sont environ 10 000, dont 5 000 habitants en état de porter les armes et gardant les trente-quatre tours de l'enceinte. Ils ont rasé les faubourgs sur une profondeur de 200 m au-delà des murailles, y compris une vingtaine d'église et de couvents, afin de rendre l'assaut plus difficile à l'ennemi. Cependant leur moral a baissé de plusieurs crans. En janvier les Anglais ont construit à l'est la bastille Saint-Loup pour surveiller le fleuve en amont. Le 12 février, une sortie pour s'emparer d'un convoi de ravitaillement anglais a échoué lamentablement ("journée des harengs")...

La discipline n'est pas le point fort des troupes du dauphin, et les querelles de préséances en minent le commandement. Dunois excepté, Jeanne ne rencontre à Orléans qu'envie et malveillance chez les chefs militaires. Le plus acharné contre elle est Gaucourt, le gouverneur de la place.

Jeanne veut d'abord épuiser les appels à la conciliation, mais elle ne reçoit de la part des Anglais que dérision pour "la vachère". Le 4 mai, après quatre jours de pourparlers et d'insistance, elle obtient que la bastille Saint-Loup soit attaquée. Mais Gilles de Retz donne l'assaut sans la prévenir et est repoussé avec pertes. Entendant le bruit de la bataille, l'héroïne, accourt, élève sa bannière et, ralliant les soldats qui refluaient en désordre, donne l'assaut à grands cris. Après trois heures d'efforts les Anglais lâchent pied, laissant 150 tués et autant de prisonniers à qui on accorde la vie sauve.

Le lendemain, 5 mai, jeudi de l'Ascension, elle vient adjurer de nouveau les Anglais des Tourelles à quitter les lieux. Vainement. Le jour suivant, à la tête de 4 000 hommes, Jeanne passe sur l'île Saint-Aignan, puis de là, sur la rive gauche, au moyen d'un pont de bateaux. Les Anglais, par ruse de guerre, ont évacué Saint-Jean-le-Blanc et se sont repliés sur le couvent des Augustins dont ils ont fortifié les ruines. Les Français se lancent à leur poursuite, mais une contre-attaque les rejette en désordre sur leurs bateaux. Jeanne, d'abord entraînée par la troupe qui reflue, rallie son monde et fait front. L'ennemi, impressionné, recule à son tour, ne peut se maintenir dans les Augustins et se réfugie dans le boulevard devant les Tourelles. L'héroïne fait camper sur place et revient à Orléans pour combiner l'attaque du lendemain. Elle réclame une diversion sur les Tourelles, partant de la bastille Saint-Antoine. Gaucourt s'y oppose et quand Jeanne veut sortir par la porte de Bourgogne, il lui barre le passage. Mais le peuple balaie ce triste personnage et la Pucelle court rejoindre ses soldats.

Avant de donner l'assaut au boulevard des Tourelles (épisode représenté dans de nombreux films), elle le fait violemment canonner par les bombardes d'Orléans et par celles qu'elle a amenées. Mais la résistance anglaise est acharnée. Pour entraîner ses soldats, Jeanne se jette dans le fossé et veut dresser une échelle contre le mur. Atteinte par une flèche qui pénètre au-dessus de l'épaule et ressort derrière le cou, elle tombe à la renverse. Les Anglais, croyant l'avoir tuée, poussent des cris d'allégresse : "la sorcière est morte". Emmenée par ses compagnons, Jeanne retire elle-même la flèche, la souffrance lui arrachant des cris. Mais ses saintes lui apparaissent et elle surmonte sa défaillance. Une compresse de lard et d'huile d'olive la soulage. Elle revient à l'attaque et les Anglais, saisis d'une terreur panique à l'approche de son étendard, abandonnent le boulevard et se replient sur les Tourelles mêmes. Pendant ce temps, sur le pont, les Orléanais ont jeté des passerelles au-dessus des arches coupées et la diversion s'opère. Les Anglais pris entre deux feux, capitulent ; deux cents sont faits prisonniers, trois cents ont été tués ou noyés.

Le lendemain dimanche 8 mai, Talbot ordonne à ses troupes de se retirer des dernières bastilles, y laissant matériel, vivres et malades. Jeanne rentre dans Orléans où les habitants improvisent à son instigation une procession dont le souvenir est repris chaque année au mois de mai.

le Sacre de Reims

Quand Jeanne quitte Orléans le 10 mai, l'enthousiasme populaire est à son comble. La légende s'empare de "la Pucelle". Les conseillers du dauphin restent cependant méfiants, et hésitent encore à pousser celui-ci sur la route de Reims pour s'y faire sacrer. Jeanne dirige les opérations visant à chasser les Anglais du Val de Loire : 12 juin prise de Jargeau, 15 juin de Meung-sur-Loire, 17 juin de Beaugency. Le lendemain 18 juin, a lieu à Patay une bataille décisive qui décime l'élite de l'armée anglaise. La délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc a définitivement inversé le cours des événements. Quelque vingt ans plus tard et après d'autres combats, cela aboutira au départ définitif des Anglais et à la fin de la Guerre de Cent ans.

De retour à Loches, le dauphin s'est enfin décidé à partir pour Reims, ce qui implique la traversée d'un territoire sous domination bourguignonne. Le 29 juin la Loire est franchie à Gien. La chevauchée continue par Auxerre qui n'ouvre pas ses portes, mais Troyes, après six jours de négociations, se soumet. Puis c'est au tour de Châlons-en-Champagne. Le 16 juillet, le dauphin et Jeanne entrent dans Reims par l'est, tandis que les Bourguignons quittent la ville par la porte de Paris. Le sacre du roi Charles VII a lieu dès le lendemain.

Ce sacre fut interprété par beaucoup à l'époque comme un signe de la volonté divine. Il montrait à tous, la nullité du traité de Troyes qui avait livré la France au roi d'Angleterre, et la légitimité des prétentions de Charles VII. De plus la facilité avec laquelle s'était déroulée cette chevauchée vers Reims soulignait la fragilité de la domination anglaise ou bourguignonne, tandis que se développait une confiance populaire nouvelle en la cause de Charles VII.

Comment achever sa mission ?

Pour Jeanne, l'objectif doit désormais être Paris, mais ce sera son premier échec et elle y cassera même son épée. Bien que les villes de Laon, Château-Thierry, Crépy-en-Valois, Coulommiers, Compiègne, Beauvais lui aient ouvert leurs portes dans l'allégresse, Charles VII hésite, préférant négocier avec le duc de Bourgogne pour le détacher de l'alliance anglaise. Sa troupe arrive seulement le 8 septembre devant les murs de Paris, dont les défenseurs ont eu tout le temps de se préparer. L'assaut est donné à la porte Saint-Honoré. Il dure toute la journée. Au soir, Jeanne est blessée. On l'emmène et on la soigne. Il est tard, mais pour elle, demain sera le bon jour. Cependant, les ordres du roi arrivent : le siège doit être levé. L'armée se retire sur la Loire et elle est bientôt dissoute. L'argent et les vivres manquent, la discorde règne au sein du conseil du roi : l'heure n'est plus à la guerre mais à la négociation.

Cette situation ne correspond plus à la mission dont Jeanne se sent investie, et le roi cherche à l'éloigner. Il l'envoie contre les "compagnies", bandes de mercenaires démobilisés qui se transforment en pillards et ravagent le pays. Ainsi celle de Perrinet Gressart, installé à la Charité-sur-Loire et sévissant dans le Nivernais. Partie en campagne fin novembre, Jeanne emporte en un jour la place de Saint-Pierre-le-Moutiers, puis met le siège devant la Charité-sur-Loire. Mais manquant d'hommes et de munitions, lorsque les assiégés font une sortie le jour de Noël, elle est mise en déroute. Cette campagne est un échec, Elle se retire à Sully-sur-Loire où, à la demande de ses frères, la famille Darc est anoblie par Charles VII.

Au printemps 1430, les opérations militaires reprennent, le duc de Bourgogne tentant de reprendre, avec les Anglais, les villes du nord de la Loire qui étaient passées au roi. Jeanne repart avec une poignée de chevaliers qui lui sont fidèles, pour secourir les cités menacées. Leurs chevauchées les mènent à Lagny, Melun où le 22 avril, jour de Pâques, la population acclame Jeanne, Senlis, Compiègne enfin qui est assiégée par les Bourguignons. Pendant dix jours, elle y multiplie les sorties contre l'ennemi. Celle du 23 mai 1430 lui est fatale. Elle s'engage trop loin, se heurte à une vigoureuse contre-attaque menée par un seigneur bourguignon, Jean de Luxembourg. Elle fait retraite en bon ordre, restant la dernière pour protéger ses hommes, mais lorsqu'elle veut entrer à son tour dans la ville, elle trouve le pont-levis levé. Un soldat ennemi la fait tomber de cheval : elle est prise avec trois de ses compagnons. Jean de Luxembourg suivant les usages du temps cherche à en tirer rançon avant qu'elle ne lui échappe (elle tente par deux fois de s'évader). Sur ordre du parti "franco-anglais", l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon réclame Jeanne au nom de l'Inquisition. Le roi de France ne propose ni ne tente rien. Jeanne est livrée aux Anglais contre 10 000 livres tournois. Ceux-ci la conduisent à Rouen et l'enferment dans une tour du château où, enchaînée, elle est surveillée nuit et jour.

Savoir mourir

En cette année 1431, faire disparaître Jeanne n'est pas suffisant pour le parti "franco-anglais". Il veut un procès exemplaire, en effet, pour le duc de Bedford, régent d'Angleterre (Henri VI n'a que 9 ans) l'objectif est politique : il s'agit de délégitimer Charles VII afin de légitimer définitivement Henri VI comme roi de France. Ce n'est pas Jeanne d'Arc qui est dangereuse, mais le symbole qu'elle est devenue. Si on prouve qu'elle est, non pas une envoyée de Dieu, mais une envoyée du diable, c'en sera fini de la cause de Charles VII, et la réunion des couronnes de France et d'Angleterre sera établie. Le procès doit donc être religieux afin de montrer à tous toute la perversion de la foi de Jeanne, et qu'elle n'est qu'une dangereuse sorcière.

Le procès qui s'ouvre le 9 janvier 1431 est donc jugé d'avance. Jeanne y est seule face à 40 à 60 juges, théologiens et universitaires chevronnés. La Pucelle "sans orgueil ni souci d'elle-même, ne songeant qu'à Dieu, à sa mission et au roi", oppose à toutes les ruses, à toutes les subtilités de ses juges, ce que Michelet appelle "le bon sens dans l'exaltation". Les interrogatoires se succèdent pendant trois mois. L'acte d'accusation déclare Jeanne "hérétique et schismatique". Elle résiste aux menaces de torture mais le 24 mai, au cimetière de l'abbaye de Saint-Ouen, où juchée sur un échafaud elle est pressée d'abjurer : elle cède. Un repenti ne pouvant être exécuté, elle est seulement condamnée à la prison pour le reste de ses jours.

Les Anglais sont furieux et menacent les juges. Le 27 mai, jour de la Trinité, les gardes retirent à la prisonnière les habits de femme qu'elle avait promis de conserver à l'avenir, ne lui laissant que ses habits d'homme. Jeanne refuse de se lever ; mais, à midi, "pour nécessité de corps fut contraincte de yssir dehors et prendre le dict habit". Considérée alors comme "relapse" (repentie retombant dans l'erreur), Jeanne est justiciable du feu. Le matin du mercredi 30 mai 1431, elle est brûlée vive sur la place du Vieux-Marché et, afin qu'il ne reste rien d'elle, ses cendres mêlées à celles du bûcher sont jetées du haut du pont dans la Seine.

Après la mort de Jeanne d'Arc, le conflit entre les partis français et anglais se prolongea plus de vingt ans. En 1435, le duc de Bourgogne Philippe le Bon signa avec Charles VII le traité d'Arras. Du coup Paris, sous influence des Bourguignons, chassa les Anglais et ouvrit ses portes aux troupes royales. La réorganisation de l'armée opérée ensuite par Charles VII lui permit d'envisager la reprise de la guerre : elle se poursuivit en Normandie et en Guyenne. Après la victoire de Castillon et la reddition de Bordeaux (1453), les Anglais n'allaient plus garder en France que Calais (jusqu'en 1558). Au bout de 107 ans, la Guerre de Cent ans prenait fin.

En 1449, après la reprise de Rouen, Charles VII, qui ne pouvait admettre devoir son trône à une "hérétique et relapse", avait ordonné une enquête sur le procès de Jeanne. La cour de Rome fit traîner en longueur : pour elle, c'était une affaire secondaire, et il ne fallait pas se brouiller avec l'Angleterre. En 1455 l'instruction s'accélère. La mère et les frères de Jeanne se portent partie civile. Enfin, l'année suivante, la sentence de réhabilitation est prononcée à Rouen.

En 1894, Jeanne d'Arc sera déclarée vénérable, béatifiée en 1909, et canonisée en 1920 (pour l'exemplarité de sa vie spirituelle, et non "pour avoir bouté les Anglais hors de France").

Voilà pour l'essentiel ce que fut la vie d'une héroïne qui réunit autour d'elle - les "voix" (2' 43") mises à part - la quasi-totalité des Français d'aujourd'hui. On en prendra pour preuve les nombreux rues, places et autres lieux portant son nom, ainsi que les multiples films et livres qui lui ont été consacrés, tandis que les sites Internet autour de sa vie et de sa légende ne se comptent plus. En voici quelques-uns parmi de nombreux autres :

- Encyclopédie Wikipedia
- Centre Jeanne d'Arc de la ville d'Orléans
- Association des Villes Johanniques
- Musée Jeanne d'Arc de Rouen
- Jeanne d'Arc. net (site très complet et fréquemment mis à jour, abondante bibliothèque en ligne : procès de condamnation, procès de réhabilitation, chroniques et textes de l'époque, lettres de Jeanne d'Arc, nombreux livres et dossiers sur Jeanne d'Arc...)
- Jeanne d'Arc 1412-1431 (Jeanne y répond à vos questions, en direct de sa prison de Rouen)

Pour une bibliographie (forcément incomplète) se reporter par exemple à :

- Bibliographie relative à Jeanne-d'Arc