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Montaigu dans la Révolution, et toponymie

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Cette page propose un "parcours toponymique" autour des noms de lieux de Montaigu évoquant la Révolution ou ayant été plus fortement concernés que d'autres par elle.

La Révolution et la période dite des "Guerres de Vendée" furent un événement majeur dans l'histoire de Montaigu qui passe pour avoir été "un îlot bleu dans un océan blanc". Le souvenir des membres des assemblées nationales que furent les Montacutains Philippe-Charles-Aimé Goupilleau de Villeneuve et son cousin Jean-François Goupilleau, Louis-Marie de La Revellière-Lépeaux, et leur proche voisin Joseph-Pierre-Marie Fayau des Bretinières, y est pour quelque chose. Y compte sans doute pour plus encore le fait que "l'histoire est (le plus souvent) faite par les vainqueurs" et que les événements qui se sont déroulés à Montaigu ont été essentiellement relatés par des "historiens républicains", principalement par l'érudit local Charles Dugast-Matifeux. Cependant, à y regarder de plus près, la réalité semble avoir été assez différente de cette représentation "d'îlot républicain".

En 1789, la population adhéra quasi unanimement aux désirs de changements qui se manifestaient alors. Le notaire Jean-François Goupilleau fut élu de Montaigu aux États généraux (ensuite l'Assemblée Constituante). En février 1790, Augustin de La Roche Saint-André fut élu maire de Montaigu par les citoyens actifs de la commune, c'est-à-dire par ceux de plus de 25 ans (femmes et domestiques exclus) payant au moins la valeur de plus de trois journées de travail en impôts directs. Le 6 avril 1790, les habitants de Montaigu prêtèrent le "serment civique" devant la croix de fer des Olivettes, après quoi ils s'en furent chanter un Te Deum dans l'église Saint-Jean. En juin 1790, les plus riches des citoyens actifs, "les électeurs" (14 pour le canton de Montaigu de l'époque, soit environ 1 % des citoyens actifs), élirent l'administration du "District de Montaigu". Ce seront seulement eux qui participeront à l'administration départementale et aux élections nationales suivantes. Ils placèrent à leur tête Philippe-Charles-Aimé Goupilleau. Celui-ci entra rapidement en conflit avec la municipalité montacutaine, en particulier lors de la mise en place à Montaigu d'un nouveau curé imposé par les "électeurs", ce que les habitants perçurent majoritairement comme une atteinte à leur liberté de conscience. Le révolutionnaire bon teint qu'était André-Charles-François Mercier du Rocher, un des "électeurs" participant à l'Assemblée électorale départementale réunie à Montaigu le 11 novembre 1792, raconte dans ses Mémoires que les habitants des campagnes y "insultaient les électeurs au passage, et ceux de la ville fermaient les portes et les fenêtres de leurs maisons quand ils traversaient les rues...".

La majorité de la population avait le sentiment que les plus fortunés s'étaient réservé les fonctions de l'administration locale, ce qui leur permettait de bénéficier d'avantages économiques tel un meilleur accès à la vente des biens nationaux, et qu'en plus de cela ils prétendaient imposer leur idéologie et leur façon de penser. Mais pour ces plus fortunés, ils estimaient eux qu'étant les plus riches, donc les plus doués et de plus les mieux instruits, il était naturel qu'ils soient chargés de guider leurs concitoyens inférieurs à leur avis peu capables de juger de ce qui était le mieux pour eux. Début mars 1793, les opérations de recrutement pour l'armée révolutionnaire cristallisèrent l'hostilité de la population contre ces nouveaux privilégiés qui les organisaient tout en en étant eux-mêmes dispensés.

Le refus de cette conscription généra, le jeudi 13 mars, des mouvements de protestataires qui se dirigèrent vers Montaigu. Sur les onze heures du matin, ceux qui arrivèrent au Petit Sabot y furent reçus à coups de fusils par la garde nationale de Montaigu et la gendarmerie qui les firent refluer. On ne sait combien il y eut de victimes, mais cela entraîna par contrecoup la mort près de la Barillère de vingt-cinq gardes nationaux de Mortagne et de Tiffauges que les manifestants avaient entraînés avec eux. Dans l'après-midi une nouvelle manifestation arriva sur l'ancienne porte Nantaise où les troupes du matin les accueillirent avec deux canons, mais, malgré l'usage de leurs armes, elles furent débordées, durent se réfugier dans le Château, puis se rendirent tandis que les familles des bourgeois républicains de Montaigu s'enfuyaient vers Nantes. Ils y firent des récits affolés des événements, et furent installés dans le quartier de Richebourg avec les réfugiés de Saint-Domingue chassés par la révolte des anciens esclaves. Au total, cette fin de journée fit 44 morts du côté républicain (deux sont nommément connus : un gendarme des Herbiers et le vieux propriétaire du château de la Caillauderie, Hardouin-Aimé Thiériot dont la mort fut plus tard l'objet d'un récit légendaire), et un nombre indéterminé de l'autre côté. Par la suite, les combattants républicains gardés prisonniers furent relâchés le 23 mai suivant.

Un comité de 14 membres fut alors formé et, de mars à septembre 1793, il prit en charge l'administration locale. On y trouvait, entre autres, les deux premiers maires élus de la ville, le maître de poste Jean Vincent, le chapelier Évelin... Mais le 16 septembre le général républicain Beysser prit la ville faisant de nombreux morts et s'y livrant, dit Kléber dans ses Mémoires, "au plus affreux pillage". Le samedi 21 septembre, les révoltés reprirent la ville, mais le 30, Kléber et ses troupes y entrèrent de nouveau, et la mirent en défense : "Murs de clôture, maisons, arbres, haies, en un mot tout ce qui aurait pu favoriser l'approche de l'ennemi fut démoli, coupé, ou incendié. Montaigu n'était plus reconnaissable...".

Quant aux habitants de Montaigu, un nombre important d'entre eux se trouvèrent parmi les combattants vendéens qui un peu plus tard passèrent la Loire, le 18 octobre. On sait que suite aux combats, l'ancien maire perdit la vie le 21 novembre 1793, que le 23 décembre onze d'entre eux furent pris lors de leur dernière défaite à Savenay et qu'ils furent, comme les autres prisonniers, exécutés dans les jours suivants. Certains autres habitants furent massacrés lors des événements du 16 et du 30 septembre, en particulier les ecclésiastiques. D'autres enfin furent envoyés dans les prisons de Nantes, telles les institutrices de l'école de la Propagation, Louis-Charles Du Chaffault, deux jeunes sœurs aubergistes, etc. ; beaucoup y passèrent de vie à trépas, mais quelques-uns cependant en réchappèrent.

A partir de la fin 1793, les familles bourgeoises républicaines revinrent à Montaigu. Elles y retrouvèrent leurs biens, souvent endommagés, mais elles purent les compléter par l'acquisition de ceux des personnes disparues. Devenues les seules familles de notables de la ville, elles purent y asseoir durablement leur pouvoir économique, social et politique.

 

 

 

Pour connaître en quelques lignes les noms de lieux de Montaigu concernés plus que d'autres par la Révolution : cliquer sur les noms de la liste ci-contre, ou cliquer sur les carrés bleus sur la carte.

( : fiche toponymique - © GEOPORTAIL )

Pour effectuer un autre "parcours toponymique" :

- "Montaigu ville forte",
- "Notabilités montacutaines",
- "le Château de Montaigu",
- "les Moulins de Montaigu",
- "le Faubourg Saint Jacques",
- "le Faubourg Saint-Nicolas",
- "Montaigu dans la Révolution",
- "les Monuments religieux de Montaigu",
- "les Rues et places de la Vieille Ville"...

Pour accéder à l'ensemble des 218 fiches de noms de lieux de Montaigu :

Patrimoine toponymique de Montaigu