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MOYEN ÂGE - Troubadours, Trouvères et Poètes

Chansons de Geste / Troubadours, Trouvères, Poètes / Romans "bretons", courtois et autres / Littératures religieuse et didactique / Théâtre et Satires / Chroniques et Écrits politiques


La littérature ayant trait aux sentiments amoureux est de tous temps. Entre 1132 et 1141, la correspondance (en latin) échangée entre Héloïse et Abélard en est un touchant exemple. Mais au Moyen Age, les "troubadours" (trobadors, trobairitz au féminin) en pays de langue d'oc, puis les "trouvères" dans les pays de langue d'oïl, chantent ou disent des poèmes d'amour (mais pas seulement) en s'accompagnant d'instruments de musique. On les retrouve, sous d'autres noms (Minnesänger, mesteres de juglaría...) dans les autres pays de l'ouest de l'Europe médiévale, du Portugal à l'Allemagne et de l'Irlande à la Sicile.
Vers la fin du XIIIe siècle, le Florentin Brunet Latin (Brunetto Latini), dans son encyclopédie en langue d'oïl Li livres dou trésor (v.1270, 736 p.), donne une définition du "poète" proche de son acceptation moderne, traduisant le nouvel art de la poésie qui se développera aux XIVe et XVe siècles.
Dans le troisième quart du XXe siècle, les troubadours, trouvères et autres poètes du Moyen Age ont inspiré de nombreux chanteurs et musiciens (en particulier occitans).
En raison du nombre d'auteurs et d'œuvres mis en ligne, cette rubrique a été subdivisée en plusieurs pages qui se suivent :

"TROUBADOURS" - "TROUVÈRES" - "POÈTES 14/15e s."

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POÈTES de la fin du XIIIe à la fin du XVe siècle

A la fin du Moyen Âge, la poésie est devenue le genre littéraire le plus prestigieux, et recouvre alors tout ce qui s'écrit en vers. D'Othon de Grandson à Alain Chartier (le Quadrilogue invectif, la Belle dame sans merci, Rondeaux et ballades, le Lay de la paix) en passant par les auteurs ci-dessous, on trouve toujours dans cette poésie nouvelle l'esprit courtois des troubadours et trouvères, mais d'autres sources d'inspiration prennent une importance grandissante.


• RUTEBEUF
Né vraisemblablement en Champagne avant 1230, Rutebeuf meurt à Paris vers 1280. D'une solide culture, il mène cependant la vie aventureuse et précaire des artistes itinérants. Il aborde de nombreux genres littéraires : théâtre, roman allégorique, fabliau, poème hagiographique, complainte, satire, chanson. Il prend parti dans les controverses du temps. D'une piété profonde, il est un chrétien militant, mettant son talent poétique au service de sa foi. Il exprime le grand thème de la poésie, celui de la condition humaine : la fuite du temps (cf. Que sont mes amis devenus, par Joan Baez, 3' 37"), les colères et les regrets, mais aussi l'espoir qui demeure grâce à la foi.
Chantant ses sentiments intimes, les aspects de son âme et de sa vie, il est un poète au sens moderne du terme, marquant une rupture dans la poésie du Moyen Âge.
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Œuvres complètes : tome 1 (250 p.), tome 2 (392 p.), tome 3 (432 p.)


• Adam de La HALLE, ou Adam Le Bossu, ou Adam d'Arras
Il nait entre 1240 et 1250, sans doute à Arras. La date de sa mort (1288 à Naples, ou ap.1306) est controversée. Fils de Henri Le Bossu, surnommé de La Halle, il n'a jamais été infirme. Il exerce son activité de trouvère à Arras, centre littéraire, artistique et économique particulièrement actif. Vers 1280, il se rend, au service de Robert II d'Artois, à la cour de Charles d'Anjou, à Naples. Poète, il est aussi un musicien inventif, et fait preuve de qualités exceptionnelles dans le domaine du théâtre français dont il inaugure le répertoire profane.
......- 34 chansons (avec musiques), Jeux partis (avec musiques) : li Partures Adam, 16 rondeaux (avec musiques), 5 Motets (avec musiques), le Congé (v.1276), le Roi de Sicile (1285), le Jeu Adam ou Jeu de la Feuillée (1276), le Jeu de Robin et de Marion (avec musiques, v.1284), le Jeu du Pèlerin (v.1284)

 


• Guillaume de MACHAUT, un chef d'école

Né vers 1300 en Champagne, il entre en 1323 au service du roi de Bohême, Jean de Luxembourg, puis successivement de sa fille, du roi de Navarre, du duc de Berry, du roi de France, ce qui souligne l'importance du mécénat des princes à la fin du Moyen Âge. Il meurt à Reims en 1377.
Il est, avec succès, le promoteur d'une nouvelle "rhétorique" (au Moyen Age : art d'écrire en vers), proposant des genres à formes fixes, suivant des règles strictes. Très sensible à la correspondance entre la poésie et la musique, le rythme poétique commandant le rythme musical, il écrit lui-même les mélodies suivant lesquelles chanter ses vers.
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Œuvres complètes : tome 1 (293 p.), tome 2 (442 p.), tome 3 (263 p.)

Jean FROISSART, un fervent Bourguignon
Né à Valenciennes en 1335, Jean Froissart, aujourd'hui reconnu comme le plus grand historien de la Guerre de Cent Ans (1337-1453), fut de son temps plus renommé pour son œuvre poétique ou son roman Méliador, que pour ses Chroniques qui couvrent la période 1322-1400. En tant que poète courtois, il fut le protégé de la reine d'Angleterre Philippine de Hainaut, du Prince Noir, de Guy de Blois, de Gaston Phébus, il voyagea en Angleterre, France, Italie, Flandres, et il mourut en 1404 à Chimay.
(pour les quatre livres de sa "Chronique", voir la page Chroniques et Écrits politiques).
......- Poésies : tome 1, 406 p. tome 2, 481 p. tome 3, 354 p.
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Méliador : tome 1, 269 p. tome 2, 372 p. tome 3, 379 p.


• Eustache DESCHAMPS, un disciple fécond

Il nait en 1346 à Vertus en Champagne, et meurt en 1406. Ayant bénéficié d'une bonne formation intellectuelle, il est au service du duc d'Orléans puis des rois de France Charles V et Charles VI. Chargé de fonctions importantes il est amené à beaucoup voyager (Allemagne, Hongrie, Italie, Égypte, Syrie) et à connaître les grands personnages de l'époque.
Son œuvre est considérable et diverse dans ses genres (ballades, lays, virelays, rondeaux, farces, fables...) comme dans les sujets abordés. Il y suit les principes de Guillaume de Machaut, et y fait preuve d'une grande virtuosité technique.
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Œuvres complètes : tome 1 (415 p.), tome 2 (379 p.), tome 3 (409 p.), tome 4 (380 p.), tome 5 (438 p.), tome 6 (321 p.), tome 7 (380 p.), tome 8 (362 p.), tome 9 (397 p.), tome 10 (255 p.), tome 11 (379 p.)


Christine de PISAN
Née à Venise en 1364, elle mourra à Poissy vers 1431. Restée veuve à 25 ans, elle doit trouver des ressources pour vivre et pour élever ses trois enfants. Utilisant alors ses talents littéraires et ses relations mondaines, elle sera la première femme à vivre de sa plume qu'elle exerça dans bien des genres : la poésie mais aussi des écrits philosophiques, moraux, historiques. De nombreux manuscrits d'
œuvres de Christine de Pisan sont consultables en ligne sur Gallica.
Féministe avant l'heure (même s'il faut resituer ses prises de positions dans leur contexte), elle salua Jeanne d'Arc avec enthousiasme dans sa dernière œuvre : le Ditié de Jehanne d'Arc (1429).

......- Œuvres poétiques : tome 1 (379 p.), tome 2 (315 p.), tome 3 (319 p.)
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le Livre des trois vertus (manuscrit original, 1404) 196 p., le Livre du chemin de long estude (1403) 270 p., Épitres sur le Roman de la Rose (1401) 21 p., le Dit de la Rose (1402) 19 p., le Livre du duc des vrais amans... (1405) 150 p.
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le Livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V (1404) : livre 1, 80 p. livre 2, 120 p. livre 3, 147 p.


Charles d'ORLÉANS
Né à Paris en 1394, il est le fils de Louis d'Orléans, frère du roi de France Charles VI. En 1407, à la mort de son père, il se trouve à la tête du parti armagnac, en rivalité avec le parti bourguignon. Lors de bataille d'Azincourt perdue en 1415 contre les Anglais, il est fait prisonnier et emmené en captivité à Londres. Il n'en reviendra qu'en 1440, et mourra à Amboise en 1465.
Sa longue captivité ayant réduit ses ambitions politiques à rien, il se tourna vers la poésie. Son œuvre, composée pour l'essentiel de ballades et de rondeaux, et calquée sur les différentes étapes de son existence, est une poésie du temps qui passe et de celui qu'il fait, du quotidien et du presque rien.
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Poésies (444 p.), Inventaire des papiers de Charles d'Orléans (54 p.)


• François VILLON, un poète mauvais garçon
François de Montcorbier (ou des Loges) nait à Paris en 1431, il meurt après 1463 on ne sait où. Adopté par Guillaume Villon qui lui donnera son nom, il mène une vie d'écolier indiscipliné et est soupçonné d'être membre de la bande des "coquillards", dans le jargon desquels il écrit quelques ballades. Il mène une vie d'expédients et de rapines, est impliqué dans des affaires de meurtres, connaît la prison, échappe de peu à la potence, puis disparaît. "Premier poète à la moderne", maître du langage et grand rhétoriqueur, il oppose aspirations sensuelles et pessimisme poignant, foi religieuse profonde et immoralisme (cf. la Ballade des dames du temps jadis, 2' 10", ou la Ballade des pendus).
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le Petit Testament (1456), 13 p. le Grand Testament (1462), 74 p.
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Ballades en jargon (1489) 12 p. Poésies diverses, 18 p.


• l'École des "GRANDS RHÉTORIQUEURS"
Le terme "École" est excessif, mais il désigne des poètes adoptant des principes d'écriture comparables, caractérisés par une grande virtuosité et de multiples jeux poétiques décrits dans les traités de versification Arts de seconde rhétorique. Autres points communs, leur attachement à telle ou telle cour (de Bretagne, de Bourgogne, de Bourbon, de France), leur engagement au service du prince et de son État, leur souci d'agir sur l'opinion public.
Parmi ceux-ci, le presque compatriote d'Abélard
et notre quasi-voisin Jean Meschinot, natif des Mortiers de Monnières, fervent défenseur de l'indépendance bretonne, et dont les descendants (Méchineau) vivent parmi nous.

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